L’hypocrésie des abolitionnistes du travail sexuel
Les travailleurs/euses du sexe (TS) accomplissent une fonction sociale importante, qui existe depuis la nuit des temps et qui n’est pas prête de disparaître au rythme des politiciens et députés… Pour autant, comme citoyens/ennes qui réalisent un travail qui se trouve nécessaire au développement d’une société (le mieux serait que cela ne soit pas nécessaire, mais il y aura toujours une demande, et donc une offre), ils et elles ont les mêmes droits fondamentaux que tout le monde: accès à la santé, à l’éducation, à une protection sociale etc… MAIS LA RÉALITÉ EST HYPOCRITE….En France, tout comme en Equateur, le travail sexuel n’est pas illégal, mais pas légal non plus, en d’autres termes, alégal… Ce qui complique beaucoup la normalisation de leur travail et la protection de l’État aux TS, pour garantir un travail dans des conditions dignes et lutter contre la traite des personnes, notamment la prostitution des mineur(e)s, la violence contre les femmes etc.
Cette semaine j’ai réalisé ma première mission au sein de l’UNIFEM à Guayaquil (Equateur) pour un atelier du Ministère de la Santé (Programme National du SIDA) sur l’élaboration d’un guide d’attention médicale national pour les travailleuses du sexe (TS). Je dis travailleuses car les seules TS qui s’organisent en ONG/association (et donc qui ont de l’influence) sont des femmes, souvent des femmes mûres / “d’un certain âge”, qui n’ont pas eu d’autre choix pour des raisons économiques…
Ce sont des femmes fortes, qui vivent la discrimination au quotidien, surtout par les commissaires de la santé, mais aussi par les propriétaires des locaux où elles travaillent, qui les pénalisent financièrement lorsque qu’elles se rendent aux centres d’attention médicale entre autres, et par les professionnels de la santé… Qui sont les commissaires de la santé? Ce sont des fonctionnaires, non pas de la police, mais du Ministère de la Santé ici, qui ont comme responsabilité, entre autre, de valider les carnets de santé des TS pour vérifier que leurs examens médicaux soient en règle…Ce sont très souvent des personnes corrompues qui sont dénoncées pour abus de pouvoir car ils exigent des faveurs sexuelles ou de l’argent en retour de leur “service” (CAD de leur travail qui est de “contrôler” la TS).
J’ai assisté à une réunion réellement révolutionnaire dans l’histoire du travail sexuel en Equateur. Le MSP avait convié tous les acteurs pertinents (médecins, TS, Conseil National de la Femme, commissaires de santé…) pour faire ca d’une facon participative. Depuis 54 ans, l’État exige que les TS réalisent une série d’examens médicaux qui CONDITIONNENT leur possibilité de travailler.
Cette perspective de contrôle des personnes mêmes (au lieu de contrôler les conditions sanitaires des locaux, ou la qualité des préservatifs vendus dans ces locaux…) réduit à voir les TS comme “foyer des infections sexuellement transmissibles”, sauf que les chiffres officiels nous montrent que les femmes les plus affectées par le VIH par ex, sont les femmes au foyer (74% des femmes positives sont femmes au foyer, contre 5,5% de TS). Les TS sont les plus informées de l’utilisation du préservatif, du fait de nombreux programmes sur le VIH/SIDA qui visent ces “populations à risques”… Tout le système est fait pour protéger le client, non pas la TS, parce que souvent, elle s’infecte par le biais de son partenaire sexuel et non pas du client…
Mais c’était vraiment incroyable de voir le tournant qu’a pris le Ministère de Santé. FINALEMENT, il commence à travailler pour les droits des TS, même si légalement elles n’en n’ont pas, parce que la protection de leurs droits va de pair avec la réduction des IST aussi…Les contrôles médicaux font partie de la prévention, mais il a été démontré que la prévention la plus effective se fait au travers de l’éducation (CAD information), accompagnée de la sensibilisation: pour améliorer la perception personnelle du risque de transmission et changer les comportements personnels… Bref, même pour les TS, la santé doit rester un droit, et non pas une obligation.
Articles intéressants sur le sujet: http://sylvainreboul.free.fr/prostitution.html et pour s’informer du statut légal de la prostitution en France: http://www.sosfemmes.com/sexwork/sexwork_droit.htm




